Marion Alzieu

Comment métisser des connaissances, les confronter les unes aux autres, pour créer un imaginaire au service d’un propos ? Comment un corps et son engagement peut-il être vecteur de transmission de ce propos? Voilà les questionnements qui me viennent lorsque la nécessité de créer m’habite, car l’objectif de mes recherches est de révéler dans un sens poétique et sensible, une traduction physique de la portée d’un message, d’un propos.

J’ai la nécessité d’évoquer nos mondes contemporains et nos actions/réactions face à ce qui les composent. L’impermanence effrénée de la société m’évoque des individus qui enchaînent leurs mouvements de vies, oubliant trop souvent leurs essentiels, leurs convictions et leurs harmonies avec eux-mêmes.

Notamment, la place et la condition de la femme actuelle m’interpellent et m’intéressent. Particulièrement mises à mal par cette instabilité collective, je vois dans notre ère une révolution en cours, un engouement pour le féminin qui m’est plus qu’inspirant.

En réaction à différentes crises économiques, sociales et spirituelles, de ces dernières années, nos sociétés évoluent rapidement. Cela implique différentes interrogations : qu’est-ce qui nous est nécessaire pour survivre dans ces évolutions ? Quelles sont les conditions pour trouver une harmonie ? Comment garder sa propre identité et ses racines dans ces changements ? Comment rester en lien à notre corps physique ?

Ces questions qui me traversent, m’incitent à les extérioriser et les partager à travers des corps engagés dans l’espace et le mouvement. En tant qu’artiste, nos expressions me semblent primordiales pour prendre conscience de nos mondes, et les ré-interroger chaque jour. Dans l’immatériel et le virtuel dans lesquels nous vivons de plus en plus, s’exprimer par le corps physique et ses mouvements, est un engagement en soi. L’expression par la danse représente un langage universel que tous peuvent éprouver.

J’imagine le mouvement comme des volutes de sons et d’images précises, la chorégraphie comme des dessins de nuances graphiques et esthétiques. Ainsi, tout comme un peinture, mettre en danse c’est exprimer une harmonie profonde de nous-mêmes, une alchimie entre nous et notre environnement, cadencée par des qualités éprouvées. Travaillant le corps dans une gestuelle à la fois physique, énergique, racée, subtile et singulière, je recherche dans cette matière concrète à transformer des idées, distordre des connaissances et des préjugés, toujours en lien fort avec une recherche musicale.

Comment, par exemple, confronter et métisser deux cultures dans une même situation (En terre d’attente), interroger sa place et son identité de femme dans une société nouvelle (Ceci n’est pas une femme blanche), faire dialoguer deux situations scéniques pour éprouver différemment nos relations (W). Je crée en m’imposant à chaque fois, une contrainte de nouveau (nouvelle influence culturelle, musicale, nouveau média…) et une volonté de message à véhiculer pour toucher et interroger. En m’y tenant, j’y vois des sources de créativité.

Marion Alzieu

Marion se passionne très jeune pour la danse sous toutes ses formes. Elle débute par le classique et la modern dance. Elle suit un cursus de formation professionnelle de 4 ans (2006-2010) entre le Centre James Carlès (Toulouse) et la compagnie Coline (Istres).

Marion intègre la Jasmin Vardimon Dance Company à Londres et travaille au Royal Opera House.

A son retour en France, en plus d’être stagiaire dans plusieurs pièces d’Emanuel Gat, elle travaille pour les compagnies de Salia Sanou, Hervé Chaussard, Amala Dianor et Serge Aimé Coulibaly.

Ses expériences d’interprète et son parcours l’amènent à enrichir sa recherche et ses connaissances. Elle touche à plusieurs styles et techniques (classique, modern-dance, hip-hop, certaines danses traditionnelles d’Afrique, contemporain, yoga, feldenkrais, gaga).

En 2013, Marion se lance dans la chorégraphie. Elle crée le duo « En terre d’attente » pour le Festival FIDO (Burkina-Faso) puis le présente à La Parenthèse lors du Festival Off en Avignon de 2014.

En 2014, elle fonde sa compagnie, la compagnie Ma’ et crée sa deuxième pièce, le solo «Ceci n’est pas une femme blanche».

La pièce tourne notamment en Europe et en Afrique et reçoit plusieurs distinctions à différents concours européens (Pologne, Italie, France, Espagne).

Cette reconnaissance lui donne l’opportunité de créer sa troisième pièce « W », duo avec le musicien Michael Avron. En novembre 2019, elle présente la pièce finalisée au CAD de Montmélian.

En 2018, elle co-chorégraphie le groupe de Villeurbanne, pour le défilé de la Biennale de la Danse de Lyon. En collaboration avec Sigue Sayouba (cie Teguerer), elle met en scène une chorégraphie pour 300 danseurs amateurs.